Testimonianza Eric Jacquinet

Témoignage du P. Eric Jacquinet

Biographie

Né en 1962, en France et ingénieur de formation, Eric Jacquinet est membre de la communauté de l’Emmanuel et prêtre du diocèse de Lyon (ordonné en 1992). Il été curé de paroisse pendant 12 ans, à Lyon, délégué épiscopal à la pastorale sacramentelle et liturgique du diocèse de Lyon.  Il est actuellement responsable de la section jeunes au sein du Conseil Pontifical pour les Laïcs, principalement chargé de la préparation de la Journée Mondiale de la Jeunesse, depuis 2008.

Il a publié en 2008 un ouvrage sur l’accompagnement pastoral des personnes divorcées remariées, et en 2011 un ouvrage sur l’évangélisation par les visites à domicile. Il tient une chronique mensuelle sur l’évangélisation des jeunes dans la revue Il est vivant.

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Intervention

Ma responsabilité au sein du Conseil Pontifical pour les Laïcs portant à la fois sur l’accompagnement de la préparation des Journées Mondiales de la Jeunesse (JMJ) et aussi sur la réflexion sur la pastorale des jeunes, mon propos portera sur deux aspects :

-          comment les JMJ contribuent-elles à la maturation de vocations ?

-          comment orienter la pastorale des jeunes de façon à favoriser l’éclosion de vocations ?

La JMJ est un lieu fécond d’appel aux vocations

De retour de la JMJ de Cologne, Benoît XVI disait ceci :

Je voudrais à présent reévoquer une rencontre particulière, celle avec les séminaristes, des  jeunes appelés à suivre personnellement de manière plus radicale le Christ, Maître et Pasteur. J’avais voulu qu’un moment spécifique leur soit consacré, également pour souligner la dimension vocationnelle typique des Journées mondiales de la Jeunesse. De nombreuses vocations au sacerdoce et à la vie consacrée sont nées, au cours de ces vingt années, précisément durant les Journées mondiales de la Jeunesse, occasions privilégiées lors desquelles l’Esprit Saint fait ressentir avec force son appel. (Audience générale du 24 août 2005)

Effectivement nous savons d’expérience que les JMJ ont grandement contribué à l’éveil de vocations sacerdotales et religieuses. Un sondage dans un séminaire d’un pays ayant accueilli une JMJ le montre immédiatement.

Comment les JMJ apportent-elles une précieuse contribution dans le domaine des vocations ? Les raisons sont multiples.

Fondamentalement la JMJ est une épiphanie de Dieu et de l’Eglise. Jean-Paul II définissait la JMJ comme un temps de rencontre du Christ. Tout le projet pastoral de la JMJ est orienté vers cette rencontre, par les catéchèses, les célébrations eucharistiques, l’invitation au sacrement de réconciliation, l’adoration eucharistique et les rencontres entre jeunes de différents pays, dans un climat marqué par la joie et la communion. Et cet événement n’est pas « un feu de paille », comme on l’a souvent craint, car il se situe au cœur d’un pèlerinage qui commence par la préparation spirituelle durant l’année qui précède (avec l’aide du message du Saint-Père que les groupes sont invités à méditer), puis avec les journées dans les diocèses qui précèdent la rencontre dans la grande métropole. Et la JMJ termine par un envoi en mission. A l’instar de la rencontre de Jésus avec les disciples d’Emmaüs, les jeunes peuvent rencontrer le Ressuscité et retourner chez eux pour rejoindre une communauté chrétienne et rendre témoignage.

Et la JMJ est centrée très profondément sur le mystère pascal. Ainsi le symbole de la JMJ est la Croix que Jean-Paul a donnée aux jeunes à la fin de l’année de la Rédemption 1983-1984. Cette croix prépare la JMJ en pérégrinant dans tout le pays d’accueil. Puis elle sera au centre de la JMJ, en particulier lors du Chemin de Croix du vendredi. En relisant la JMJ de Sydney, Benoît XVI disait :

Il est tout d’abord important de tenir compte du fait que les Journées mondiales de la Jeunesse ne consistent pas seulement en cette unique semaine où elles deviennent publiquement visibles au monde. Elles sont précédées d’un long chemin intérieur et extérieur. La Croix, accompagnée par l’image de la Mère du Seigneur, effectue un pèlerinage à travers les pays. […]Les journées solennelles ne sont que le sommet d’un long chemin, grâce auquel nous allons à la rencontre les uns des autres et sur lequel nous allons ensemble à la rencontre du Christ. En Australie, ce n’est pas un hasard si le long Chemin de croix à travers la ville est devenu l’événement culminant de ces journées. Celui-ci résumait encore une fois tout ce qui s’était produit au cours des années précédentes et désignait Celui qui nous réunit tous ensemble : ce Dieu qui nous aime jusqu’à la Croix. (discours à la curie romaine, 22 décembre 2008)

On sait le lien étroit entre la vocation sacerdotale et le mystère de la Croix. Puisque la Croix est au centre de la proposition pastorale, il n’est pas étonnant que des vocations sacerdotales y naissent. Certains jeunes prêtres témoignent d’ailleurs de l’importance de la Croix des JMJ dans leur itinéraire vocationnel. On peut affirmer que des vocations sont nées au pied de cette Croix.

Un autre aspect des JMJ contribue à sa dimension vocationnelle : la dimension de service. L’organisation de la JMJ repose en grande partie sur l’engagement de jeunes qui prennent une part de responsabilité. Ce sont les jeunes responsables dans les diocèses et mouvements. Ce sont les volontaires qui donnent des semaines ou des mois sur le lieu de la JMJ pour l’accueil, l’aménagement, la sécurité, les traductions, la liturgie. Ils étaient 22500 volontaires de différents pays à Madrid. Cette responsabilisation de jeunes qui donnent de leur temps pour l’Eglise est évidemment appelante.

Dans ce contexte, le pape et les évêques font retentir un appel explicite aux vocations. A Madrid le Saint-Père avait l’intention de le faire durant la veillée. Son texte – non lu pour cause de tempête, mais que des jeunes auront lu ensuite – disait :

Le Seigneur appelle beaucoup d’entre vous au mariage, où un homme et une femme, en ne formant qu’une seule chair (cf. Gn 2, 24), se réalisent en une profonde vie de communion. (…) À d’autres, en revanche, le Christ lance un appel à le suivre de plus près dans le sacerdoce et la vie consacrée. Que c’est beau de savoir que Jésus te cherche, te fais confiance et, avec sa voix reconnaissable entre toutes, te dit aussi à toi : « Suis-moi » (cf. Mc 2, 14). (discours prévu pour la veillée à Quatro Viento, le samedi 20 août 2011)

Et Benoît XVI s’est adressé dans des termes très explicites aux volontaires, sans doute très ouverts à cette demande de par le service effectué :

En retournant maintenant à une vie ordinaire, je vous encourage à garder dans votre cœur cette joyeuse expérience et à grandir un peu plus chaque jour dans le dévouement de vous-mêmes à Dieu et aux hommes. Il est possible que se soit posée timidement ou impérieusement en beaucoup d’entre vous une question très sensible : Que désire Dieu de moi ? Quel est son dessein pour ma vie ? Le Christ m’appelle-t-il à le suivre de plus près ? Ne pourrais-je pas dépenser ma vie entière dans la mission d’annoncer au monde la grandeur de son amour par le sacerdoce, par la vie consacrée ou par le mariage ? Si cette inquiétude a surgi, laissez-vous porter par le Seigneur et offrez-vous comme volontaires au service de Celui qui « n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude » (Mc 10, 45). Votre vie atteindra une plénitude insoupçonnée. (discours aux volontaires, le dimanche 21 août 2011)

Une autre grande raison pour laquelle la JMJ est un lieu d’éveil particulier des vocations, c’est la manifestation de la beauté de l’Eglise que nous évoquions en commençant. Nombreux sont les jeunes qui sont touchés par cela, surtout ceux qui sont isolés. Et dans cette Eglise qu’il découvre belle, ils rencontrent de nombreux jeunes prêtres. On sait l’importance de la rencontre avec des visages de jeunes prêtres connus pour que, par un processus d’identification, des jeunes que Dieu appelle puissent franchir le pas d’une réponse concrète. Le contact pastoral très privilégié avec des jeunes prêtres durant tout le chemin de la JMJ est sans conteste un réel atout vocationnel. Dans ce cadre, à l’instar du pape, les prêtres peuvent d’ailleurs poser explicitement cette question, individuellement et en groupe.

La pastorale des jeunes et l’appel aux vocations

Quelques mots rapides à présents sur l’appel aux vocations dans le cadre de la pastorale des jeunes. De nombreux pasteurs sont bien conscients que l’appel aux vocations doit être porté en particulier par les responsables de la pastorale des jeunes, dans les écoles, les universités, les paroisses et les mouvements. Beaucoup de diocèses ont d’ailleurs fusionné le service de pastorale des  jeunes et celui des vocations. La question est de savoir quelle pastorale des jeunes favorise l’émergence de vocations sacerdotales et religieuses.

Force est de constater que les lieux d’Eglise qui ont une forte proposition spirituelle, communautaire et missionnaire attirent des vocations. En regardant plus près, on s’aperçoit que les jeunes progressent dans leur relation au Christ, s’ils avancent simultanément sur trois axes, qui sont les trois piliers de la pastorale des jeunes : la vie fraternelle, la prière, la mission.

La vie fraternelle est la relation avec d’autres chrétiens, faite d’amitié, de prière, de témoignage réciproque et de partage sur la foi, de missions communes. Elle se traduit par la participation à un groupe de jeunes qui se réunit fréquemment.

La vie de prière est constituée de temps de prière communautaire (louange, écoute de la Parole de Dieu, intercession, adoration eucharistique), de temps de célébration des sacrements (Eucharistie, sacrement de réconciliation), de temps de prière personnel quotidien (10 mn par jour).

La dimension missionnaire a plusieurs aspects : le service des pauvres (accueil et service de repas pour personnes sans logements, service des malades, visites des prisonniers), annonce explicite du Christ (évangélisation de rue, catéchèse des petits), le service de l’Eglise (animation de groupes, animation de célébration volontariat lieux de pèlerinage, JMJ, responsabilités diverses).

A travers cela, il s’agit en réalité d’ouvrir les jeunes au salut par la foi en Christ et d’accompagner leur croissance dans la vie chrétienne, c’est-à-dire dans la foi, l’espérance et la charité : la charité croît par la vie fraternelle (accueil de l’autre comme frère, communion, pardon) et la mission (service des autres) ; la foi et l’espérance grandissent par la prière (exercice de la foi en Dieu) et mission (l’annonce de la foi exerce la foi et l’espérance).

Dans chaque domaine, il s’agit d’offrir un chemin de progression. La participation à un groupe régulier se fait après un temps d’apprivoisement, après des rencontres ponctuelles. L’entrée dans la prière personnelle, se fait par étape, après des temps forts spirituel où est expérimentée la présence du Christ et l’écoute de sa Parole. Le service se fait par étape, comme la capacité à prendre des petites responsabilités. L’annonce explicite s’expérimente progressivement. Et tout est lié : par exemple, l’annonce explicite de la foi est portée par la vie fraternelle et par la prière. Réciproquement, cette évangélisation fait grandir la foi et stimule la prière.

Pour cela ils ont besoin d’être accompagnés personnellement pour découvrir comment ils peuvent progresser à chaque niveau, prendre par eux-mêmes des petites décisions, être aidés et encouragés dans la fidélité à ces décisions. Interviennent ici l’accompagnement personnel et la direction spirituelle souvent assurés par des prêtres et consacrés, ce qui donne un lieu d’ouverture réelle aux questions de vocation. Les jeunes ont aussi besoin de recevoir des formations, dans ces différents domaines : vie fraternelle, foi et prière, service et évangélisation. Cette formation est une catéchèse articulée qui donne une intelligence de la foi, touche à la cohérence de ces différents aspects de leur vie et répond aux questions posées par la vie, le monde et la culture.

Cette dynamique pastorale, fondée sur ces trois dimensions fraternelle, spirituelle et missionnaire, permet effectivement l’éclosion de vocations. Pour se mettre en route à la suite du Christ en lâchant tout pour lui, le jeune doit avoir appris à reconnaître que Dieu lui parle et avoir cherché à faire ce qui Dieu lui propose, dans la confiance. De même, celui qui a appris à servir ses frères saura renoncer à ses propres aspirations immédiates. Celui qui aura expérimenté la nécessité et la joie de l’évangélisation, celui-là sera prêt à un éventuel appel du Christ. Et celui qui est porté par une communauté où chacun désire répondre à l’appel de Dieu, celui-là est porté à se poser « naturellement » la question de sa vocation. Et s’il rencontre des prêtres et des consacrés qui sont heureux de l’être, il peut alors répondre bien plus facilement.

Il faut d’ailleurs évoquer les propositions faites aux jeunes chrétiens  de formation à temps plein et de volontariat : écoles de formation spirituelle et missionnaire durant une année scolaire à  temps plein (dites « écoles d’évangélisation »), temps de coopération d’un an ou deux au service d’une Eglise locale. Ces propositions qui offrent un temps de rupture et de mise à disposition sont à encourager. Tous les jeunes catholiques devraient ainsi donner six mois, un an ou deux, entre 18 et 25 ans, comme le font les Mormons et d’autres groupes religieux. Cela leur offre un temps intense de formation, les ouvre au monde, développe leur générosité, et les met dans une logique de service de ce monde. Et l’on sait que ces années contribuent à la maturation de vocations sacerdotale et religieuses. Il en va de même pour des experiments plus courts (quelques semaines) de volontariat au service de l’Eglise ou des plus pauvres.

Les jeunes catholiques sont généreux. Demandons-leur beaucoup et faisons leur confiance, à l’exemple de Jean-Paul II, grand éveilleur de vocations devant l’Eternel. Dans cet esprit, on me permettra de conclure par une citation d’un éducateur jésuite sud-américain, le Père Tomas Morales : « Si tu demandes beaucoup aux jeunes, ils donnent davantage. Si tu leur demandes peu, ils ne donnent rien. »